Il changeait la vie...

Il changeait la vie...

Frédéric Convert

Cher Lionel, Je me suis engagé aux jeunes socialistes au moment où tu présentais ta candidature à la primaire socialiste pour la présidentielle de 1995. Du haut de mes 17 ans, à l'époque où la gauche avait été quasi-marginalisée par la déroute de 1993, j'avais alors la conviction que tu incarnais une gauche nouvelle : moderne, morale, digne et profondément réformatrice. Au fil des mois, des années et des campagnes, une véritable passion politique est née, dont le point d'orgue a été 1997. Un bonheur aussi intense qu'inattendu. L'exercice du pouvoir est souvent difficile, parfois ingrat, et peut décevoir les plus convaincus. Et pourtant, pendant 5 ans, je n'ai jamais cessé d'être fier de l'action de ton gouvernement de gauche plurielle. Tu as réformé la société comme aucun autre gouvernement ne l'avait fait dans l'histoire contemporaine. Vient 2002. Je me revois encore au meeting de Lille, dans une ambiance indescriptible. Cette conviction profonde que la victoire était là, écrite, inéluctable, que les Français la voulaient ! Hélas, ils oublièrent qu'avant le second tour, il y avait une simple "formalité" qui s’appelait premier tour. Séisme. Incompréhension. Pleurs. Rage. Puis le vide. Le vide abyssal. J'avoue t'en avoir voulu, tout en ayant conscience que ta rigueur morale ne pouvait emporter d'autre décision. Et toutes ces longues années... je n'ai jamais cessé d'espérer... interprétant une déclaration, une interview ou la sortie d'un livre comme les signes d'un potentiel retour qui n'est jamais arrivé. Avec le recul, je comprends que ta figure morale ne nous a jamais quitté, et qu'elle restera vivante tant que nous garderons la conviction que la fatalité n'existe pas et qu'un autre chemin est possible. Merci à toi Lionel. Merci pour tout ce que tu as apporté à la France, aux Français, au Socialisme démocratique. Merci d'avoir accompagné ma vie, mes rêves et espoir. Et pour conclure ce témoignage, je souhaite te dédier une chanson que tu connais bien pour avoir été celle de ta campagne de 1995 : "Et loin des beaux discours, des grandes théories, à sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui... il changeait la vie."