À jamais un modèle politique, humain, spirituel

À jamais un modèle politique, humain, spirituel

Anne-Sophie Anbar

Je veux rendre hommage à celui qui a inspiré mon parcours personnel et mon engagement pour le service public. Adolescente, je le regardais répondre à l’assemblée nationale comme chef de gouvernement. En 2002, même pas majeure je me débrouillais avec ma mère pour le rencontrer pour de vrai. J’ai eu cette chance et j’en ai gardé le souvenir de sa signature conservée précieusement dans le livre les 60 jours de Jospin. Plus tard, pendant mes études à science po Grenoble j’ai pu le voir lors d’une conférence à science po Paris. J’aime raconter cette anecdote. Un étudiant s’était levé et lui avait posé la question : « Comment fait-on pour faire une carrière politique ? » Lionel Jospin avait répondu : « Je ne peux pas vous répondre car je n’ai jamais cherché à faire une carrière politique, ni même une carrière. Je ne l’ai pas cherché comme un but à atteindre. J’ai suivi mes convictions. Lorsque je n’ai pas été d’accord avec les idées pour lesquelles je devais agir lorsque je travaillais en tant que diplomate, je suis devenu professeur. Le conseil que je vous donnerai, à vous, étudiant, c’est de toujours rester professionnel, quoiqu’il arrive, soyez rigoureux et ne mélangez pas tout. Toujours être professionnel, quelques soient les circonstances. » Une jeune femme s’était ensuite levée dans l’amphithéâtre. Elle avait pris un ton plus émue pour s’exprimer avec ces mots : « Je voulais vous dire Monsieur Lionel Jospin, je vous aime ». C’est alors que Lionel Jospin lui a répondu avec toute son intelligence et un petit sourire aux lèvres : « Merci pour ces mots. Il n’y a qu’en amour que je préfère les amatrices aux professionnelles ». Ces mots teintés d’humour reflètent, je trouve, sa grande intégrité, sincérité qui nous rendaient tous meilleurs. Je voudrais vous dire moi aussi que je vous aime, que vous avez énormément compté dans mon parcours. J’ai d’ailleurs pu vous le dire, un jour à côté du conseil constitutionnel, dans ce café où vous étiez assis avec votre femme pour lire le journal. Je vous avais abordé le cœur battant. Vous m’aviez parlé avec simplicité et considération, alors que vous étiez mon modèle, mon mentor. Merci pour tout ce que vous avez apporté à ma vie. Je resterai fidèle à tout ce que vous représentiez. Ces valeurs de gauche dont on ne rougit pas, sur lesquelles on ne tergiverse pas. À l’heure où l’extrême droite a failli être élu dans la deuxième ville de France, cette ville que j’aime tant, Marseille, votre disparition est plus qu’un symbole, c’est l’obligation de ne jamais lâcher ce que vous avez représenté. Merci à jamais. Une grande admiratrice amatrice.
Photo hommage
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